Seven Doc

Production - édition vidéo - distribution de documentaires

Michel Bonnat à Philadelphie durant le tournage Marcel Duchamp, iconoclaste et inoxydable

Michel Bonnat

Directeur de la photographie

Michel Bonnat collabore avec Seven Doc en qualité de directeur de la photographie en binôme avec le réalisateur Fabrice Maze sur les thématiques Arts et Moteur. Alors que Fabrice Maze apporte la dernière touche en salle de mixage à ses films sur l'artiste surréaliste André Masson (coffret livre + DVD à paraître début 2012 dans notre Collection Phares), Michel Bonnat, lui, a achevé son travail de directeur de la photographie, l'occasion pour nous de revenir sur son parcours qui a croisé celui de Visconti, Fellini, Huston... et de faire la lumière sur un métier de l'ombre qui nécessite une grande sensibilité artistique et de fortes connaissances techniques.

  • Quelle formation avez-vous suivi avant de devenir directeur de la photographie ?

Dans les années 1964 à 66, j'ai étudié à l'école du cinéma Italien (CSC, Centro sperimentale di cinematografia) situé en face de Cinecittà, où j'ai pu suivre les cours théoriques et surtout les cours pratiques qui consistaient à travailler comme assistant stagiaire dans des films tournés à Cinecittà, ce qui m'a donné l'occasion de travailler à vingt ans pour des films passionnants tout au long de l'année.

  • C'est à cette époque que vous avez travaillé pour Luchino Visconti ?

J'ai été stagiaire dans les équipes techniques sur des films de Luchino Visconti, Federico Fellini, John Huston, Franco Zeffirelli et Luigi Comencini avec qui j'ai fait Don Camillo en Russie... Ce fut un formidable démarrage dans le métier ! Ensuite, pour travailler, j'ai dû revenir en France, les accords européens n'existaient pas encore à cette époque.

  • A quel niveau d'un film intervenez-vous ?

J'interviens avant le tournage, en collaboration avec le réalisateur afin de définir les caractéristiques techniques de la lumière du film (source de lumière, artifices, place et mouvement de caméra...). Je m'appuie alors sur le scénario pour dégager l'atmosphère générale du film (ambiance, contraste, effet, tonalité...). Une fois cette étape définie, je choisis mon matériel : caméra, objectifs, pellicules, spots, réflecteurs... Pendant le tournage, je dois diriger l'équipe image, concevoir l'éclairage, et si besoin effectuer des modifications. En grande partie, on découvre sur place, tout se fait au feeling. Dans les documentaires, il y a peu d'intention de lumières de la part du réalisateur, le plus souvent je fais les réglages sur place en fonction des situations.

  • Les œuvres, tableaux, sculptures, collages sont très souvent en intérieur, comment jouez-vous avec la lumière ?

On ne filme pas un tableau, une sculpture ou autre de la même façon. Chaque œuvre d'art a son propre éclairage. Si c'est un tableau très plat, ou avec de la matière, travaillé au couteau, parfois l'intention du réalisateur sera ou pas de mettre en valeur le relief. Chaque œuvre possède sa propre lumière et sa propre difficulté.

  • Au-delà de l'aspect technique, la sensibilité artistique est primordiale pour pouvoir traduire par l'image une histoire, une atmosphère, voulue par l'imaginaire du réalisateur. Où puisez-vous votre inspiration ?

Lorsqu'on regarde une œuvre d'art, je fonctionne à l'émotion. Quand quelque chose vous plaît, vous allez sûrement mieux le mettre en valeur. On est mis en présence d'un objet qui peut vous plaire ou pas, quoi qu'il en soit il faut s'attacher à le mettre le mieux possible en valeur. Devant une œuvre d'art, on a un ressenti, une émotion qui sont forcément source d'idées.

  • Pouvez-vous nous raconter votre aventure pour le film Corpus Lascaux ?

Lascaux... nous sommes dans l'œuvre d'art d'exception, patrimoine de l'Humanité ! Là aussi il y a eu une étude de tout un tas de choses pour les jeux de lumière : le rocher, la matière. Si nous faisions ressortir la matière, bien souvent nous perdions la couleur de la peinture, nous devions jouer en permanence avec l'ombre et la lumière. Un travail passionnant, immense, au service de l'art ! Le travail sur la matière, sur la gravure, les mouvements de lumière étaient complexes. Corpus Lascauxreste une très belle aventure professionnelle qui a duré de 1981 à 1983.

  • Trois ans de tournage ?

Nous n'avions pas le droit de rester plus de quinze jours d'affilée dans la grotte pour ne pas créer de surchauffe thermique qui aurait pu détériorer les peintures. Nous faisions donc des incursions au mois de mars, mois durant lequel la grotte était la plus froide.

  • D'autres moments phares dans votre carrière ?

Vous me prenez au dépourvu, mais j'ai fait des voyages et des rencontres incroyables. Qui vont du clochard jusqu'au pape en passant par des savants, ingénieurs, espions, politiques, écrivains, etc. Les plus incroyables restent le monde du pétrole et de l'espionnage que j'ai découvert en faisant deux séries de documentaires pour la télévision : Les Dossiers Noirs.

  • Depuis le temps que vous travaillez avec Fabrice Maze, avez-vous encore des choses à vous dire ?

Non, nous n'avons plus rien à nous dire [RIRES]. Nous travaillons ensemble depuis 1972 ! Il sait ce que je sais faire et moi je sais ce qu'il veut que je fasse, ce qui ne nous empêche pas de trouver de nouvelles pistes parfois. Nous échangeons beaucoup en cours de tournage. Par rapport à l'œuvre d'art, nous discutons de chaque nouvelle situation et le reste se fait tout naturellement. Chaque auteur, chaque personnage, chaque écrivain est une personne différente, il y a donc quelque chose à dire de différent sur chaque œuvre d'art.

  • Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite devenir directeur de la photographie ?

C'est le terrain et l'expérience qui comptent, mais j'ajouterais un élément primordial : la culture. Quand j'étais étudiant, la première chose que nous a dite notre professeur d'éclairage, c'est : « Nous allons d'abord voir comment travaillent les autres ». Nous sommes allés dans un musée voir des tableaux du Caravage (peintre italien de la Renaissance) et de Georges de La Tour, qui travaillaient énormément sur les axes lumières. « A votre avis, où se trouvaient les lumières lorsque l'artiste a peint ce tableau ? » nous demandait notre professeur. Nous devions alors détricoter le jeu de lumière du peintre. La culture est primordiale : voir des tableaux, des films, aller sur des tournages, être stagiaire, voir travailler les autres... En fait, il y a peu de gens qui inventent, le plus souvent nous rendons hommage. Les matériaux et les techniques évoluent, mais l'approche reste la même. Il ne faut jamais croire que l'on sait, mais rester en état d'éveil et de curiosité permanent. C'est le gros défaut des jeunes qui se forment aujourd'hui avec la vidéo et croient savoir tout de suite. La vidéo est un leurre terrible, ce n'est pas parce qu'une caméra marche toute seule qu'on sait faire un film !

  • Votre métier vous permet-il de découvrir des univers pour lesquels vous n'aviez pas forcément de sensibilité particulière ?

J'ai découvert, par exemple, l'opéra durant un tournage pour la télévision, ou l'univers du pétrole et de l'espionnage. L'art surréaliste, j'en avais entendu parler, mais ma culture de base s'est forgée sur la connaissance de l'art classique. Ayant passé mon adolescence en Italie, je n'étais pas spécialement attiré par les surréalistes. Mon métier me permet d'entrer dans des mondes auxquels je n'étais pas forcément destiné. Cela permet de garder ma curiosité sans cesse en éveil et j'y prends goût !

  • Quelle est la plus belle lumière à vos yeux ?

Celle qui ne se voit pas. En extérieur, c'est le soleil qui commande. En revanche, en intérieur, c'est le directeur de la photographie qui commande, et ce qui a de plus fort dans un film, c'est lorsqu'on ne sent pas les artifices, que la lumière semble naturelle, évidente. Propos recueillis par A.D.

En photo : Michel Bonnat à New York durant le tournage du film documentaire Duchamp, iconoclaste et inoxydable © Philippe Pion - Tous droits réservés.

 

Se former au métier de directeur de la photographie :

Grandes écoles :La FEMIS : www.femis.fr, ENS Louis-Lumière : www.ens-louis-lumiere.fr

Centres de formations continues :Université Paris III : www.univ-paris3.fr, INA : www.ina.fr


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